Mardi, 13 Novembre, 2018

Pakistan: l'avocat d'Asia Bibi a quitté le pays, craignant pour sa vie

Manifestation des partisans du Tehreek-e Labaik contre la décision de la Cour suprême du Pakistan d'acquitter Asia Bibi le 31 octobre Manifestation des partisans du Tehreek-e Labaik contre la décision de la Cour suprême du Pakistan d'acquitter Asia Bibi le 31 octobre
Manon Joubert | 05 Novembre, 2018, 00:50

Quelques jours plus tard, ces femmes avaient relaté l'affaire à un imam local qui avait accusé la chrétienne d'avoir "insulté" le prophète de l'islam, ce que celle-ci a toujours nié. "Nous n'avons aucune protection et nous nous cachons, changeant fréquemment de lieu", a expliqué M. Masih, alors que l'avocat d'Asia Bibi a quitté le Pakistan samedi matin en disant craindre pour sa vie. Condamnée à la pendaison en 2010, elle vit depuis en prison, dans les couloirs de la mort. "Les musulmans pakistanais prendront les mesures adéquates face aux juges (...) et les conduiront à une fin horrible", avaient fait savoir des responsables du Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP), un groupe religieux extrémiste devenu parti politique.

L'accord signé entre les manifestants et le gouvernement dans la nuit de vendredi à samedi visait à mettre fin à la situation chaotique et violente qui a paralysé le pays ces trois derniers jours.

Au début des manifestations des islamistes, le Premier ministre pakistanais, Imran Khan, avait adopté un ton ferme contre les islamistes, prévenant que l'État ne "tolérerait pas le sabotage" et "prendrait ses responsabilités" si nécessaire. Vendredi, près de 5 000 personnes étaient rassemblées dans les rues d'Islamabad, qualifiant les juges de "blasphémateurs". Ce comportement, selon les lois sur le blasphème au Pakistan, équivaut à la peine de mort. "L'Occident a toujours essayé de modifier cette loi mais nous résisterons", a lancé un orateur devant la foule.

Qu'a concédé le gouvernement aux islamistes?

Selon Fayazulhasan Chohan, porte-parole du gouvernement de la province du Pendjab, les manifestants vont se retirer dans la soirée et rouvrir les routes qui étaient bloquées.

Cet accord prévoit notamment que le gouvernement ne s'oppose pas au dépôt d'une requête en révision du jugement de la Cour suprême au sujet d'Asia Bibi et qu'il initiera une procédure visant à inscrire son nom sur une liste de personnes empêchées de quitter le territoire. Le manifeste de son parti, pourtant, vante une "République islamique moderne qui prône la tolérance, la modération et la liberté de pratiquer la religion de son choix".

Concrètement, cela signifie que Mme Bibi, actuellement incarcérée à Multan (centre) devra dans l'immédiat demeurer soit en prison, soit dans un autre endroit sûr en attendant que la requête soit examinée, a estimé son avocat Saif-ul-Mulook, interrogé samedi par l'AFP.

Ce dernier a condamné le meurtre et ordonné une enquête depuis Pékin, où il est allé négocier l'octroi d'une aide financière de plusieurs milliards pour le Pakistan, selon ses services.

"Dans le scénario actuel, il ne m'est pas possible de vivre au Pakistan", a déclaré l'avocat à l'AFP avant d'embarquer à bord d'un avion tôt samedi. Et d'ajouter: "J'ai besoin de rester en vie car je dois poursuivre la bataille judiciaire pour Asia Bibi".