Mardi, 14 Août, 2018

Washington s'immisce dans la crise entre le Canada et l'Arabie Saoudite

Un homme portant une tenue traditionnelle saoudienne est debout derrière un micro avec quatre autres hommes debout derrière lui Le roi saoudien Salmane ben Abdel Aziz Al Saoud lors d'une rencontre le 17 mai 2018
Napoleon Lievremont | 10 Août, 2018, 01:21

En début d'année, un contrat pour l'achat par les Philippines de 14 hélicoptères canadiens destinés à ses forces armées, a été gelé suite aux critiques d'Ottawa contre la politique musclée de l'homme fort de l'archipel, le président Rodrigo Duterte et des violations répétées des droits humains dans ce pays.

Le MAE souligne également les "relations fraternelles et les liens profonds entre l'Algérie et le Royaume d'Arabie Saoudite".

Malgré la menace, le gouvernement canadien est d'ailleurs resté ferme sur ses positions: " Les Canadiens attendent de notre gouvernement qu'il parle fermement, clairement et poliment de la nécessité de respecter les droits humains, au pays et dans le monde, c'est ce que nous allons continuer à faire ", a déclaré le Premier ministre Justin Trudeau mercredi soir. "Le Canada sait ce qu'il a à faire".

Outre l'expulsion de l'ambassadeur et le gel du commerce, Riyad a aussi décidé de relocaliser des milliers de Saoudiens poursuivant des études au Canada, a mis fin aux programmes de traitement médicaux de ses citoyens au Canada et s'emploie à transférer tous les patients saoudiens vers d'autres pays, selon les médias d'État.

Rappel des 15 000 étudiants boursiers saoudiens dans les universités canadiennes. L'Arabie Saoudite a considéré comme ingérence dans ses affaires internes le fait que le Canada demande la libération d'une opposante au régime. "C'est un pays qui a quand même une certaine importance dans le monde et qui fait des progrès au niveau des droits humains". Le royaume saoudien a donné 24 heures au diplomate canadien pour quitter le pays et rappelle son ambassadeur au Canada "pour consultations", dans un soudain durcissement des relations entre ces deux pays. Les autorités saoudiennes ont arrêté récemment Samar Badawi, soeur du blogueur Raif Badawi, arrêté en Arabie saoudite en 2012 et condamné à 1000 coups de fouet et à 10 ans de prison pour avoir insulté l'islam. "Nous avons toujours dit que la politisation de la question des droits de l'homme était inacceptable", a déclaré Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères.

Le 2 août dernier, la cheffe de la diplomatie canadienne, Chrystia Freeland, s'était déjà dite "très alarmée d'apprendre l'emprisonnement de Samar Badaoui", une militante de l'égalité entre hommes et femmes, arrêtée la semaine dernière avec sa collègue Nassima al-Sadah. Il a été aussi demandé à la banque centrale, et aux fonds de pension gouvernementaux de solder toutes les actions, dont disposait le Canada.

La compagnie nationale Saudia a de son côté annoncé la suspension des vols à destination et en provenance de Toronto, la plus grande métropole canadienne.

L'agence de presse officielle Saudi Press cite jeudi le ministre Khalid al-Falih qui affirme que les ventes de pétrole saoudien aux clients canadiens ne peuvent pas être soumises à des circonstances politiques. Human Rights Watch a évoqué une campagne " sans précédent " contre toute voix dissidente dans le royaume. "Ce n'est pas une question de droits de la personne, c'est une question de sécurité nationale".

À Ottawa, le gouvernement canadien s'est dit lundi "sérieusement inquiet" de l'expulsion de son ambassadeur en Arabie saoudite.

Alger a exhorté les deux parties à "se conformer aux principes du droit international et à la Charte des Nations unies, notamment en ce qui concerne le respect de la souveraineté des États et la non-ingérence dans leurs affaires intérieures". "Par conséquent, le Canada doit corriger son attitude envers le royaume", a déclaré le ministre saoudien.