Mardi, 14 Août, 2018

La Bourse et les banques françaises plombées par la crise turque

LA LIVRE TURQUE À UN NOUVEAU PLUS BAS FACE AU DOLLAR LA LIVRE TURQUE À UN NOUVEAU PLUS BAS FACE AU DOLLAR
Napoleon Lievremont | 11 Août, 2018, 01:36

La livre turque, à l'agonie depuis plusieurs jours, enregistrait vendredi une chute abyssale de sa valeur accélérée par l'annonce américaine d'une forte augmentation des taxes à l'importation sur l'acier et l'aluminium turcs qui s'élèveront désormais respectivement à 50 % et 20 %.

Cette annonce intervient en effet au moment où la Turquie est embourbée dans une grave crise diplomatique avec les États-Unis au sujet d'un pasteur américain détenu par Ankara.

La devise turque (TRY) a brièvement franchi pour la première fois la barre de 6 pour un dollar en matinée pour ensuite se ressaisir et accuser une baisse d'un peu plus de 6%, à près de 5,9 pour un billet vert, à 07H30 GMT.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a exhorté vendredi ses concitoyens à changer leurs devises étrangères pour soutenir la livre turque dont la chute s'est accentuée à la suite de son appel à la " lutte nationale " contre la " guerre économique " déclarée selon lui à la Turquie.

La chute de la livre turque sur fond de crise diplomatique entre Ankara et Washington a secoué vendredi les principales Bourses et devises internationales.

La bérézina de la livre turque a eu un impact au-delà des frontières et fait chuter les titres de plusieurs banques européennes et conduit Wall Street à ouvrir en baisse, illustrant la crainte d'une contagion à l'économie mondiale.

La chute du livre turque a bien pesé sur le secteur bancaire. Ces deux alliés au sein de l'Otan se sont imposés, la semaine dernière, des sanctions réciproques contre des responsables gouvernementaux.

Face à cette situation, le président Erdogan a pointé vendredi un doigt accusateur en direction d'un mystérieux " lobby des taux d'intérêt " dont il n'a pas défini les contours.

Par ailleurs, les marchés s'inquiètent de l'incapacité des autorités turques à maîtriser l'inflation galopante qui a atteint près de 16% en juillet en rythme annuel.

" Les investisseurs voyaient la crise monétaire en Turquie comme un problème local". "S'ils ont des dollars, nous, nous avons notre peuple, nous avons le droit et nous avons Allah!", a-t-il lancé. Cependant, il semble que la rapidité de la chute [de la livre] renforce les inquiétudes d'une possible exposition de banques européennes au système bancaire turc " explique Michael Hewson, analyste de CMC Markets, à l'AFP.

Visiblement soucieux d'envoyer des signaux positifs aux marchés, le nouveau ministre des Finances Berat Albayrak, qui est également le gendre du président Erdogan, a insisté sur l' "importance " selon lui de l' "indépendance de la banque centrale " turque.

Nombre d'économistes estiment qu'une hausse massive des taux est incontournable, mais M. Erdogan, qui a un jour qualifié les taux d'intérêt de "père et mère de tous les maux", y est fortement hostile.

Depuis sa nomination à ce poste après la réélection de M. Erdogan en juin, M. Albayrak s'est efforcé sans succès d'apaiser les marchés qui voient d'un mauvais oeil la mainmise croissante sur les affaires économiques du président.