Samedi, 23 Juin, 2018

Mariano Rajoy poussé vers la sortie, quel avenir pour le gouvernement — Espagne

Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy le 25 mai 2018 à Madrid.                  REUTERS  Stringer Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy le 25 mai 2018 à Madrid. REUTERS Stringer
Manon Joubert | 02 Juin, 2018, 01:42

Selon lui, la chute de Mariano Rajoy prouve, "contrairement à ce qu'on a pu entendre de la part de responsables politiques et notamment séparatistes catalans, que l'Espagne n'est pas une dictature, que le gouvernement peut être renversé à tout moment et que le président du gouvernement ne jouit pas d'une situation d'immunité, loin s'en faut". Sauf rebondissement de dernière minute, les députés espagnols vont approuver dans la journée la motion de censure déposée par le Parti socialiste (PSOE) de M. Sanchez et porter ce dernier à la tête du gouvernement si M. Rajoy ne démissionne pas avant, ce que son entourage exclut.

M. Rajoy a exclu jusqu'ici une démission qui permettrait à son parti de se maintenir au pouvoir le temps d'organiser les prochaines élections anticipées et donc in fine d'empêcher l'arrivée de M. Sanchez au pouvoir.

Les députés du Congrès des députés, la chambre basse du Parlement, se sont prononcés par 180 voix pour, 169 voix contre et une abstention.

"Aujourd'hui, nous écrivons une nouvelle page de l'histoire de la démocratie dans notre pays", avait déclaré avant le vote Pedro Sanchez, ancien professeur d'économie.

Mais pas au vote de vendredi adopté à une majorité de 180 députés qui a fait du conservateur le premier chef de gouvernement victime d'une motion de censure depuis le rétablissement de la démocratie espagnole.

"Nous pouvons présumer que la motion de censure sera adoptée".

Une page de l'histoire de l'Espagne se tourne.

La même année, il avait récolté le pire score de l'histoire du PSOE aux élections législatives, ce qui avait entraîné son éviction du parti. En poste depuis décembre 2011, M. Rajoy, 63 ans, avait survécu à plusieurs crises majeures, de la récession à la tentative de sécession de la Catalogne en passant par les mois de blocage politique en 2016.

Il avait finalement réussi à reprendre les reines du Parti socialiste l'an dernier, grâce au soutien de la base contre les barons du PSOE.

Monté au front contre M. Rajoy dès l'annonce le 24 mai de la condamnation du PP dans le scandale Gürtel, il a tenté cette fois avec succès un coup de poker politique. Le Parti nationaliste basque (PNV) s'est greffé ce jeudi au mouvement: cinq députés du Parti doivent donner vendredi à Pedro Sanchez la majorité absolue de 176 sièges.

La grande question qui se pose désormais concerne la capacité de M. Sanchez à gouverner avec une majorité hétéroclite allant de Podemos aux indépendantistes catalans et aux nationalistes basques du PNV. Lors de sa première prise de parole après le vote, Pedro Sanchez a promis d'aborder avec "humilité tous les défis auxquels le pays fait face" en citant en particulier "l'urgence sociale" alors que le chômage et la précarité minent toujours le pays malgré l'insolente reprise économique.

"M. Sanchez veut être chef du gouvernement à n'importe quel prix" mais va entrer au gouvernement "par la porte de derrière", a raillé Rafael Hernando, patron des députés conservateurs. L'affaire de trop pour M. Rajoy, dont le parti est empêtré dans plusieurs scandales.

Dans cette affaire, les juges ont conclu à l'existence d'un "authentique système de corruption institutionnelle" entre le PP et un groupe privé à travers la "manipulation de marchés publics", ainsi qu'à l'existence d'une "caisse noire" au sein du parti.