Mercredi, 19 Septembre, 2018

Erdogan assoit son pouvoir sur la Turquie

Turquie: Macron félicite Erdogan pour sa réélection Turquie. Erdogan conforté dans sa ligne politique dure
Manon Joubert | 28 Juin, 2018, 05:58

Réactions à la réélection du président turc Voici les réactions hier à la réélection dès le premier tour du président turc Recep Tayyip Erdogan, qui obtient un nouveau mandat aux pouvoirs renforcés. Ces élections sont particulièrement importantes car elles marquent le passage du système parlementaire en vigueur à un régime présidentiel qui permettra à M. Erdogan d'élargir considérablement ses prérogatives.

"La Turquie a donné une leçon de démocratie au monde", a-t-il clamé devant plusieurs milliers de partisans. Selon l'agence officielle Anadolu, il devrait aussi s'assurer une majorité parlementaire. Celui ci s'est imposé comme le dirigeant turc le plus puissant depuis le fondateur de la République, Mustafa Kemal. Durant cette période, le chef de l'État a mené une politique implacable contre ses opposants dans le cadre des purges menées après le putsch manqué de juillet 2016, suivi d'une répression tous azimuts qui a fortement tendu ses relations avec l'Occident.

Erdogan inaugure également la nouvelle fonction présidentielle, telle qu'il l'a façonnée lui-même avec une réforme constitutionnelle qu'il a fait voter l'année dernière. Par ailleurs, la coalition montée par son parti l'AKP pour le volet législatif des élections récolte quelque 53,6% des voix, grâce notamment au score inattendu de son partenaire minoritaire, le parti ultranationaliste MHP (11%). Cette réforme constitutionnelle prévoit le transfert de tous les pouvoirs exécutifs au président, qui pourra nommer les ministres et de hauts magistrats, décider du budget et gouverner par décrets. Les élections de dimanche étaient considérées par les observateurs comme les plus difficiles pour M. Erdogan depuis son avènement au pouvoir, face à des vents économiques contraires et une opposition revitalisée.

Au pouvoir depuis quinze ans et parti pour cinq ans de plus, Erdogan a savouré sa victoire en s'adressant dans la nuit à des milliers de partisans réunis à Ankara. Malgré l'arrestation de plusieurs de ses députés et notamment de son candidat à la présidentielle Selahattin Demirtas, le candidat prokurde HDP est parvenu à franchir le seuil de 10% des voix au niveau national, ce qui lui permet de siéger à nouveau au Parlement.

" La victoire d'Erdogan est incontestablement le signe de sa grande popularité auprès de l'électorat turc, en particulier l'électorat conservateur dans les régions rurales d'Anatolie, et le signe de sa résilience face à une opposition unie", a estimé Jana Jabbour, docteur associée au CERI/Sciences Po. "Les " amis de 2071 " admettront " naturellement " la nécessité d'une fusion charnelle entre la nation et son chef: "le reis doit puiser sa légitimité dans la nation pour incarner son passé et son futur, honorer ses "martyrs" dont le sang " a transformé la terre en patrie " et le " tissu en drapeau ", et doter le pays d'une puissance digne de son rang.

Selon la majorité de la population turque, Erdogan reste plus que jamais le " reis", le chef. La chancelière Angela Merkel "une Turquie stable et pluraliste" dans laquelle l'Etat de droit est garanti.

L'Union européenne estime que la campagne électorale qui a amené à la victoire d'Erdogan n'a pas été " équitable ". Certes, la Turquie est un membre important au sein de l'Alliance atlantique de par sa situation stratégique sur son flanc Sud et sa proximité géographique avec la Russie, et joue un rôle clé dans le combat contre le groupe terroriste autoproclamé État islamique, mais les relations d'Ankara se sont crispées avec l'UE, les États-Unis, et l'OTAN, suite au rapprochement de la Turquie avec la Russie et la signature d'un contrat pour l'achat de missiles de défense aérienne russes.