Jeudi, 18 Octobre, 2018

Pétition massive contre les juges ayant disculpé de viol "la meute" — Espagne

Des personnes manifestent devant la mairie de Pampelune le 13 juillet 2015 pour dénoncer un viol collectif survenu pendant les fêtes de la San Fermin en Espagne Espagne : verdict controversé au procès de « la meute »
Manon Joubert | 28 Avril, 2018, 14:40

Les juges ont condamné chacun des cinq prévenus à neuf ans de prison pour "abus sexuel" sur une jeune Madrilène de 18 ans, aggravé d'"abus de faiblesse".

Car l'une des pièces centrales du procès était une vidéo de leurs actes, diffusée avec le message " en train d'en baiser une à cinq ".

En outre, il leur a été interdit d'approcher la victime à moins de 500 mètres et de la contacter pendant quinze ans. Mais les magistrats n'ont pas retenu l'accusation de viol, pour lequel le Code pénal espagnol stipule qu'il doit y avoir "intimidation" ou "violence".

Mais pour le journal, l'affaire de "la meute" et le verdict de la justice poussent aussi les femmes à devoir se poser une "question blessante": celle de savoir à quel point il leur faudra désormais "résister à une personne", quitte à mettre leur santé en danger, pour que leur viol soit un jour reconnu par la justice. Aussitôt après sa publication, la décision des juges a choqué et suscité la polémique. Des manifestants accourent: "Ce n'est pas un abus sexuel, c'est un viol!". ", s'interroge le socialiste et chef de l'opposition Pedro Sanchez sur Twitter". La maire de Barcelone, Ada Colau, s'est adressée à la victime par un tweet: "cela m'indigne qu'après un viol collectif, tu doives supporter la violence d'une justice patriarcale". "J'ai réagi en me soumettant", avait-elle résumé devant le tribunal, en décrivant fellations et rapports imposés sans préservatif.

Les faits remontent au 7 juillet 2016, lors des fêtes populaires de la San Fermin en Navarre, région située au nord de l'Espagne.

Quant aux défenseurs, ils soutenaient que la jeune Madrilène - qui avait auparavant bu de la sangria - était consentante puisqu'elle n'avait jamais semblé dire " non " à l'image. "Quand je me suis vue soudain cernée ..." Une large majorité de l'opinion, qui dépasse le cercle habituel du féminisme militant, estime comme le parquet que les suspects ont commis un viol et qu'ils méritaient une sanction plus sévère. Les faits remontent à 2016 lors des fêtes de Pampelune. La victime dira ensuite qu'elle "était en état de choc", et s'est "donc laissée faire". Dans le couloir, le piège se referme sur elle: quatre amis du garçon (entre 24 et 27 ans) les rejoignent, bien décidés à profiter sexuellement d'elle, réduite à un simple objet. Dès le lendemain, les jeunes hommes, qui se surnomment " la meute " sur leur groupe de messagerie Whatsapp, sont placés en détention provisoire. L'un d'eux est membre de la Garde civile - suspendu de ses fonctions -, un autre a appartenu à l'armée et plusieurs étaient des supporters "ultras" du club de football de Séville. Tous les cinq ont des relations sexuelles avec elle.

Vers une réforme de la législation? La procureure avait pourtant rejeté les arguments de la défense, déclarant que "l'intimidation, gravissime, avait empêché la résistance ou la fuite".

" Si ce qu'a fait "la meute" n'est pas de la violence en groupe contre une femme sans défense, qu'entend-on alors par viol?".

Les Espagnoles sont donc encore descendues dans la rue après des manifestations déjà massives pour leurs droits le 8 mars, sans doute parmi les plus importantes en Europe.