Jeudi, 21 Juin, 2018

Contesté, le Premier ministre démissionne — Arménie

Des manifestant de l'opposition arménienne brandissent un portrait du nouveau Premier ministre Serge Sarkissian à Erevan le 19 avril 2018 Contestation en Arménie. Le principal opposant interpellé
Manon Joubert | 24 Avril, 2018, 00:14

La contestation secoue l'Arménie, ex-république soviétique du Caucase du Sud, pour le onzième jour consécutif, les manifestants protestant contre l'ancien président Serge Sarkissian, récemment nommé Premier ministre avec des pouvoirs renforcés.

C'est une leçon démocratique citoyenne que la jeunesse d'Arménie a menée seule et avec courage, au mépris des dangers.

Sarkissian a été élu Premier ministre après avoir passé 10 ans de mandat présidentiel à la tête du pays.

"Je proclame le début d'une révolution pacifique", a lancé Nikol Pachinian, leader de l'opposition, alors qu'il manifestait le 17 avril aux côtés de milliers d'Arméniens pour demander le départ du Premier ministre.

La police a annoncé avoir interpellé des centaines de manifestants, alors que sept protestataires ont demandé une assistance médicale, selon le ministère arménien de la Santé. La bataille n'est sans doute pas terminée, car au Parlement la coalition menée par le Parti républicain de Serge Sarkissian dispose de 65 sièges sur 105. "Et le monde d'aujourd'hui exige qu'on manifeste une approche tout à fait nouvelle face aux problèmes", a déclaré à l'AFP un manifestant, Karen Khatchatrian, étudiant de 23 ans.

Les manifestations étaient devenues quasi quotidiennes depuis le 13 avril. "Je ne veux pas qu'un Arménien se batte contre un autre Arménien", a déclaré le ministre de la Défense lors d'une conférence de presse.

Les protestataires accusent Serge Sarkissian, qui vient d'achever son deuxième mandat présidentiel, de s'accrocher au pouvoir en s'étant fait élire Premier ministre par les députés.

Le Kremlin suit "attentivement la situation en Arménie", un "pays extrêmement important" pour la Russie et son "très proche allié", a déclaré à Moscou le porte-parole du président Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, en prenant soin de souligner que ce mouvement de protestation était "une affaire intérieure arménienne".

La police arménienne a indiqué plus tôt dans la journée avoir "évacué de force" Nikol Pachinian, lors d'une nouvelle manifestation de l'opposition, organisée dans la capitale Erevan dimanche et dispersée par les forces de l'ordre.

Au-delà des manœuvres de Serge Sarkissian pour rester au pouvoir après plus d'une décennie au poste de président, les manifestants reprochent à cet ancien militaire de 63 ans de n'avoir pas su faire reculer la pauvreté et la corruption, alors que les oligarques ont toujours la haute main sur l'économie du pays. Les manifestants avaient cependant réitéré leur volonté de poursuivre les rassemblements jusqu'à ce que Serge Sarkissian démissionne.