Mercredi, 14 Novembre, 2018

Mafia et pouvoir, cocktail mortel pour Jan Kuciak?

Des Italiens soupçonnés de corruption par un journaliste ont été arrêtés Quand le Premier ministre slovaque offre 1 million d'euros, c'est cash
Manon Joubert | 04 Mars, 2018, 01:56

Les rues de Bratislava et d'une douzaine de villes slovaques ont vu défiler des milliers de personnes, vendredi 2 mars, venues rendre hommage au jeune journaliste Jan Kuciak, tué par balles à son domicile, le 25 février dernier, alors qu'il s'apprêtait à publier un article sur les liens de corruption présumés entre des personnalités politiques slovaques et des hommes d'affaires italiens soupçonnés d'être liés à la mafia 'Ndrangheta, opérant en Slovaquie. Voici ce document, traduit par Courrier international. Les corps de Jan Kuciak et de sa compagne, tués par balle, ont été découverts dimanche dans leur maison à Velka Maca, près de Bratislava.

D'après la police, le couple aurait été assassiné par un ou plusieurs tueurs professionnels, probablement en représailles après l'un des articles de Kuciak.

Des liens avec la mafia calabraise.

Christophe Deloire a rencontré vendredi le Premier ministre slovaque Robert Fico. "Oui, nous pouvons appeler cela la piste italienne", a déclaré le chef de la police Tibor Gaspar.

Les liasses déposées sur une table en bois massif devaient marquer les esprits: quiconque aurait une information pertinente permettant d'arrêter les assassins de Ján Kuciak pourrait mettre la main sur cette petite fortune. Le ministre slovaque de la Culture Marek Madaric, allié de longue date du premier ministre Robert Fico, a démissionné ce mercredi. "Lier, sans preuve à l'appui, des gens innocents avec un double homicide c'est franchir la ligne, ce n'est plus drôle", a-t-il reproché aux journalistes.

Robert Fico est connu pour ses critiques virulentes à l'égard des médias. Il avait également qualifié les journalistes "de simples hyènes idiotes" et de "serpents visqueux".

Le meurtre de Jan Kuciak intervient après celui à Malte en octobre 2017 de la journaliste Daphne Caruana Galizia qui avait dénoncé la corruption sur l'île méditerranéenne.

Tom Nicholson, journaliste d'investigation britannique qui travaillait sur les mêmes affaires que Jan Kuciak, a écrit dans Politico que "les services secrets [slovaques] ont les noms des gangsters, aussi bien Jan que moi avons travaillé sur des documents secrets [qui ont] fuité".

"Nous devons montrer que les gens veulent à ce que l'enquête sur cette tragédie aboutisse", a dit pour sa part Beata Baloghova, la rédactrice en chef du plus grand quotidien slovaque SME.