Jeudi, 21 Juin, 2018

L'extrême droite et les populistes revendiquent chacun le pouvoir — Italie

Une militante Femen saute sur une table devant Silvio Berlusconi dans son bureau de vote ce dimanche Une militante Femen saute sur une table devant Silvio Berlusconi dans son bureau de vote ce dimanche
Manon Joubert | 06 Mars, 2018, 01:38

" Il y a un élément certain qui émerge de ces premières données qui arrivent, c'est que le Mouvement 5 Etoiles sera le pilier de la prochaine législature", a ainsi déclaré dimanche soir un de ses dirigeants, Alfonso Bonafede.

Mais en son sein, c'est la formation eurosceptique et anti-immigration du chef de la Ligue Matteo Salvini, proche du Front national (FN) français, qui a largement devancé le parti de Silvio Berlusconi. Si nous devenons la première force politique, nous allons...

"Je suis quelqu'un qui tient parole et l'engagement a été pris au sein de la coalition: qui l'emporte peut gouverner", a lancé M. Salvini, comme un appel au vieux milliardaire à tenir sa promesse.

Mais cette perspective est mise à mal par la percée historique du Mouvement 5 Etoiles (M5S), qui devient le premier parti du pays avec un score de 32,6%, après une campagne dirigée contre la corruption et la "caste" politique italienne. C'est une consécration pour Luigi Di Maio, son jeune leader de 31 ans.

Ce mouvement, fondé par le comique Beppe Grillo en 2009, avait déjà créé la surprise en raflant 25% des voix aux dernières législatives de 2013, et s'assure une position centrale dans le futur parlement si son score est confirmé.

Alors que le M5S a toujours refusé toute alliance, il s'est dit prêt "à discuter avec toutes les forces politiques", mais sur la base du programme du mouvement: la pauvreté et le gaspillage, l'immigration et la sécurité, l'emploi et le développement.

Salvini a assuré qu'il parlerait "avec tout le monde" mais exclu devant la presse tout accord "de majorité étrange" avec le M5S: "N, O, N, NON, et soulignez trois fois!".

La Ligue a martelé tout au long d'une campagne émaillé d'incidents violents, un discours anti-immigration et méfiant à l'égard de " Bruxelles ", qui semble avoir porté, dans un pays qui a accueilli 690.000 migrants depuis 2013 et où l'euroscepticisme a le vent en poupe.

Nigel Farage, ex-chef de l'Ukip, parti pro-Brexit en Grande-Bretagne, a d'ailleurs félicité sur Twitter ses " collègues " du M5S.

A Bruxelles, la Commission européenne s'est dite "confiante" dans la possibilité de former un gouvernement stable.

Le Parti démocrate (PD, centre gauche) de Matteo Renzi et du gouvernement sortant a de son côté enregistré dans les urnes une baisse plus forte qu'attendue, avec environ 19% des voix, selon les résultats partiels, soit moins de la moitié des 40% obtenus aux élections européennes de 2014.

C'est d'ailleurs l'ensemble de la gauche qui boit la tasse. En revanche, les valeurs bancaires ont passé une mauvaise journée et Mediaset, l'empire médiatique de M. Berlusconi, a perdu plus de 5%.

Il appartiendra au président italien, Sergio Mattarella, de démêler l'écheveau de ces résultats, dans les semaines qui suivent, et de confier un " mandat exploratoire " à celui ou celle qui lui paraitra en mesure d'obtenir une majorité devant le Parlement. Mais ses consultations politiques officielles ne s'ouvriront pas avant la fin du mois, une fois élus les présidents des deux chambres, en principe le 23 mars.