Samedi, 20 Octobre, 2018

Les nationalistes déplorent une "occasion manquée" — Macron en Corse

VIDEO. Emmanuel Macron interpellé par la femme d'Yvan Colonna dans la rue Quand la femme d'Yvan Colonna interpelle Emmanuelle Macron dans les rues d'Ajaccio
Manon Joubert | 08 Février, 2018, 04:25

Une Corse promise à devenir "le phare" de la politique méditerranéenne de la France.

Seule revendication des nationalistes acceptée par Emmanuel Macron: l'inscription de la Corse dans la Constitution. Ceux-ci étaient pourtant en position de force après leur triomphe aux élections territoriales de décembre.

Face à eux, Emmanuel Macron a souvent fait souffler le froid sur le fond, et le chaud sur la forme.

" Aujourd'hui, quand les prix montent et que les terrains sont vendus, ce sont rarement des gens qui ne sont pas corses qui en profitent", a déclaré le chef de l'État qui s'est engagé à " favoriser la construction de logements " et à " simplifier les règles d'urbanisme ".

Des ressources fiscales nouvelles? " Le bilinguisme, ce n'est pas la co-officialité", a-t-il tranché. Certes, "les principes d'unicité du peuple français et de la langue française" sont déjà "mis à mal" depuis la révision constitutionnelle de 2003, soulignait le constitutionnaliste Guy Carcassonne dans une étude de 2013.

"J'entends le souhait que la Corse soit mentionnée dans notre Constitution". Un peu trop franc peut-être? Emmanuel Macron avait demandé à Jean-Pierre Chevènement de participer à ce voyage: une présence lourde de sens, car l'ancien ministre de l'Intérieur de Lionel Josin n'a jamais caché un attachement indéfectible à une République totalement indivisible. Le président veut bien prendre en compte l'identité corse.

Une ouverture symbolique mais aussi de nombreuses fins de non-recevoir. La question de l'incarcération des détenus corses (que les partisans d'une Corse indépendante ou autonome évoquent comme des "prisonniers politiques") est l'une des revendications des deux dirigeants Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni. Mardi, le président de la République a rendu hommage au préfet Claude Erignac, assassiné il y a tout juste vingt ans, le 6 février 1998. Et elle a dit que pour elle la page n'était pas tournée.

Cette visite intervient au lendemain d'une manifestation des nationalistes à Ajaccio qui a mobilisé bien en-deçà de leurs espérances et très loin de la manifestation tenue après l'assassinat du préfet Érignac, et après que ces derniers sont sortis premiers de l'élection de l'assemblée de la collectivité unique.

C'était avant d'être interpellé par l'épouse du tireur condamné à perpétuité. On notera cependant qu'elle n'indique en rien un rapprochement du prisonnier et de sa famille. "Mon fils n'a pas vu son père depuis un an et demi", a-t-elle expliqué au président de la République. S'il vous plaît, faites quelque chose. D'interlocuteur en interlocuteur au plan national, les élus territoriaux avaient épuisé leur réserve de paroles, leur souci de convaincre, et le moins que l'on puisse dire est que leurs propositions n'avaient pas soulevé d'intérêt. L'heure de dévoiler enfin sa vision sur l'avenir de la Corse.