Lundi, 20 Novembre, 2017

L'argent caché du cinéaste Jean-Jacques Annaud — Paradise Papers

Jean-Jacques Annaud aurait planqué 1,2 million d'euros dans des paradis fiscaux.@ AFP
Max Fresnel | 09 Novembre, 2017, 01:00

Célèbre auteur de La Guerre du feu, du Nom de la Rose ou encore de Sept ans au Tibet, Jean-Jacques Annaud est cité dans les Paradise Papers, ces révélations publiées par le Consortium international des journalistes d'investigation (CIJI) sur les comptes privés de sociétés offshore.

En 1997, Jean-Jacques Annaud vient de réaliser le film "Sept ans au Tibet", qui retrace le parcours de l'alpiniste autrichien Heinrich Harrer au Tibet de 1944 à 1951, avec Brad Pitt en tête d'affiche.

"L'argent a donc été versé sur ce compte détenu par l'intermédiaire d'un trust qui n'était donc pas créé à l'initiative de M. Annaud, mais à la demande du studio". Le mécanisme permet au réalisateur de placer son argent tout en se tenant à distance des radars du fisc français. Le trust Los Condores se délocalise aux îles Caïmans en juillet 2007.

On y découvre Jean-Jacques Annaud dans le rôle du "settlor", le constituant du trust, et la Royal Bank of Scotland Trust Company Limited (Guernesey) dans celui du "Trustee initial", chargé de contrôler les biens du réalisateur. "Le reste des fonds atterrit sur les comptes de Calico Entertainment LLC, une société californienne de Jean-Jacques Annaud, succursale d'une autre société installée dans l'Etat américain du Delaware, connu pour ses largesses fiscales" révèle l'enquête.

Demande de virement des sommes de Los Condores Trust aux îles Caïmans à Gingko Holdings Limited, basé à Hong-Kong. 31,6 millions dissimulés à Malte et au Luxembourg Alors que les projecteurs sont braqués sur le réalisateur Jean-Jacques Annaud, Shakira aussi n'a pas échappé aux investigations des journalistes. Maître Eric Delloye, l'avocat du cinéaste, a expliqué sur franceinfo ce mercredi que "Jean-Jacques Annaud est un assez bon cinéaste, mais n'est pas un excellent fiscaliste" et n'a "pas une maîtrise parfaite des tenants et des aboutissants de tous ces sujets-là". Le gestionnaire estime que "ces dernières années, nous avons géré les biens de M. Annaud estimés à plusieurs millions de dollars; le cachet classique pour la réalisation d'un film s'élevant en moyenne à cinq millions de dollars".

Plus de dix ans plus tard, les "Paradise Papers" mettent en lumière les montants auxquels correspond - en 2008 - Uspallata: 1,48 millions de dollars, soit plus d'1,2 millions d'euros.

En 2015, dix-huit après "Sept Ans au Tibet", qui lui a valu les foudres du gouvernement de Pékin, on retrouve Jean-Jacques Annaud en Chine.

Dans la foulée, le cabinet Appleby entreprend la liquidation de Los Condores Trust aux îles Caïmans. Ce transfert d'un paradis fiscal à un autre intervient juste au moment où Jean-Jacques Annaud entame un nouveau projet artistique: l'adaptation en série du best-seller "La Vérité sur l'affaire Harry Québert". De nouvelles perspectives de succès pour le réalisateur... Ce dernier a alors immédiatement contacté la cellule de régularisation de Bercy, le ministère des Finances. Le cinéaste n'avait en effet jamais déclaré au fisc français ses avoirs dans des paradis fiscaux.

Dans la panique, Jean-Jacques Annaud aurait rapidement demandé à ses nouveaux avocats fiscalistes de régulariser sa situation, précise encore "Le Monde".