Lundi, 20 Novembre, 2017

Le Cytotec va être retiré du marché — Accouchements déclenchés

Pfizer décide de retirer du marché français le Cytotec utilisé hors autorisation de mise sur le march Le laboratoire américain Pfizer va retirer du marché français le Cytotec à compter du 1er mars 2018
Marie-Paule Arceneaux | 20 Octobre, 2017, 00:51

Le retrait sera effectif à partir de mars 2018, "afin de permettre aux industriels qui commercialisent déjà les médicaments Gymiso et Misoone, contenant la même molécule, d'augmenter leur production afin de "sécuriser l'accès à l'IVG" médicamenteuse", a-t-elle précisé.

"C'est le laboratoire, en voyant que les autorités sanitaires n'arrivaient pas à faire changer les pratiques de prescriptions qui a décidé, par lui-même, d'arrêter la commercialisation en France", assure Alain-Michel Ceretti, Président de France Assos Santé et fondateur de l'association Le Lien. Mais qu'est-ce que le cytotec et pourquoi l'utiliser en gynécologie? Il dispose d'ailleurs d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) à cet effet. La solution serait selon ce médecin de disposer d'un générique au Cytotec, moins dosé. Et cela au profit du Cytotec®, près de 300 fois moins cher.

Un médicament utilisé pour un accouchement sur cinq va être retiré du marché.

Il faut noter que le déclenchement d'accouchement, avec le Cytotec ou autre, n'est pas un acte anodin et est souvent très douloureux car il active très fortement l'activité utérine. Car "le laboratoire Pfizer ne souhaite pas déposer une demande d'AMM en gynéco-obstétrique". De plus, il existe un risque important de surdosage de la molécule quand elle est utilisée par voie vaginale, qui peut engendrer des effets secondaires graves chez la mère et l'enfant: contractions trop violentes entraînant des hémorragies ou mauvaise oxygénation du fœtus.

C'est un médicament contre l'ulcère de l'estomac, mais il était détourné pour déclencher des accouchements, au risque de la santé de la mère et de l'enfant. En 2013, l'ANSM se contente alors de faire un point d'information. Et elle rappelle qu'il n'y a pas "de données de sécurité d'emploi qui présagent d'un rapport bénéfice/risque favorable du Cytotec dans cette indication, quelle que soit la voie d'administration". Depuis sa mise sur le marché en 1987, ce produit est en effet très peu utilisé pour sa fonction première: traiter les ulcères à l'estomac.

En l'absence de prise de décision politique, la justice s'en est mêlée. Aurélie Joux, la fondatrice de l'association, a un enfant, Timéo, lourdement handicapé, "né sous Cytotec surdosé", en novembre 2010. Le tribunal rappelle que le "Cytotec® a fait l'objet d'une étude scientifique (...) insuffisante". Ni le laboratoire Pfizer, ni l'ANSM ne sont concernés par cette action en justice.