Vendredi, 15 Décembre, 2017

Référendum en Mauritanie: l'unique parti appelant au non dénonce une campagne "inégalitaire"

Des partisans du président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz lors d’un meeting en faveur du oui au référendum constitutionnel à Nouakchott le 20 juillet 2017 Mauritanie: le président accuse des sénateurs frondeurs de « trahison »
Manon Joubert | 06 Août, 2017, 01:46

Elaborée en septembre-octobre lors d'un dialogue entre le pouvoir et l'opposition dite modérée, cette révision porte sur le remplacement du Sénat par des Conseils régionaux élus et sur la suppression du médiateur de la République et du Haut conseil islamique.

Quelque 1,4 million de Mauritaniens sont appelés à se prononcer samedi sur ces changements constitutionnels, pour lesquels deux urnes sont prévues: l'une pour les principaux amendements et l'autre pour la modification du drapeau.

La campagne - émaillée de tensions, voire de violences, lors de rassemblements de l'opposition radicale, engagée dans un "boycott actif" du scrutin afin de réduire au minimum la participation - s'achève jeudi, avec notamment un ultime meeting du chef de l'Etat, qui a promis des "révélations".

Les bureaux de vote doivent ouvrir de 07H00 à 19H00 GMT dans ce vaste pays en grande partie désertique limitrophe du Sénégal, du Mali, de l'Algérie et du Sahara occidental.

La police a dispersé jeudi à coups de gaz lacrymogène et de matraque des opposants qui tentaient de se rassembler dans trois quartiers de la capitale Nouakchott.

Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 2008, cet ancien général a été élu en 2009, puis réélu en 2014 pour cinq ans.

Ould Abdel Aziz, qui a fait campagne dans tout le pays pour un "oui massif", affirme également que l'opposition veut "créer le chaos".

Le président Mohamed Ould Abdel Aziz, qui a choisi la voie référendaire pour "contourner" le refus des sénateurs de voter les réformes proposées, il a mobilisé tout le gouvernement, dont les membres ont été investis comme directeurs de campagnes dans différentes province du pays.

" Ils me demandent de leur présenter des excuses, je ne le ferai jamais, mais par contre j'implorerai Allah pour qu'Il ne nous prenne pas en châtiment pour leurs fautes graves", a-t-il ajouté à propos des sénateurs, qui soutiennent pourtant en principe le camp présidentiel mais s'opposent à la suppression du Sénat.

Au total, ils sont 33 sénateurs à tenir un sit-in de protestation depuis mercredi.

" Ces sénateurs ont trahi la Nation, comment alors m'excuserais-je pour eux", a lancé M. Ould Abdel Aziz, appelant la foule à décréter la dissolution du Sénat " qui coûte très cher et ne correspond à rien, à aucun besoin ".

Une forte abstention serait revendiquée comme un succès par l'opposition radicale, qui avait accusé vendredi le pouvoir de "préparer une fraude à grande échelle" et averti que des violences pourraient éclater, dont le pouvoir serait, selon elle, seul responsable.

La majorité des partis de l'opposition boycottent ce référendum, qu'ils jugent " inconstitutionnel ".

Toutes les autres formations en campagne militent pour le oui, qui se taille donc la part du lion dans les médias, a souligné le chef du CDN, Mahfoudh Ould Bettah, déplorant "une campagne difficile et inégalitaire en termes de répartition du temps d'antenne", ainsi qu'un "manque de neutralité de l'administration et de l'armée".