Samedi, 21 Octobre, 2017

Pour Macron, le départ d'Assad n'est plus une priorité — Syrie

Syrie: Emmanuel Macron ne voit pas de Syrie: Emmanuel Macron ne voit pas de"successeur légitime à Bachar Al-AssadPlus
Jean-Pascal Bellegarde | 24 Juin, 2017, 00:18

Emmanuel Macron a rompu avec la diplomatie de François Hollande, en excluant de faire du départ du président syrien sa priorité absolue. "Car personne ne m'a présenté son successeur légitime!" .

" Le vrai aggiornamento que j'ai fait à ce sujet, c'est que je n'ai pas énoncé que la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout ", rappelle Emmanuel Macron.

Un entretien étonnant et détonnant qui a le mérite de tirer les leçons des errances diplomatiques françaises sur le dossier syrien. "Ce sont eux [les groupes terroristes, NDLR], nos ennemis". Le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Laurent Fabius, avait ainsi évoqué dès fin 2015 la possibilité d'une transition politique en présence de Bachar el-Assad. "Les trois pays ont formé des groupes de travail chargés de se pencher sur les moyens de maintenir la paix dans ces zones, où les protagonistes doivent cesser les hostilités", a indiqué Ibrahim Kalin, porte-parole du président turc Recep Tayyip Erdogan.

Sur la Syrie, "mes lignes sont claires", lance M. Macron. "Nous avons besoin de la coopération de tous pour les éradiquer, en particulier de la Russie", déclare-t-il.

Paris, qui il y a quelques mois encore accusait Moscou de complicité de "crimes de guerre" lors de la reprise d'Alep, a opéré un net rapprochement avec la Russie, alliée indéfectible du régime de Damas, basé sur la lutte contre le terrorisme. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, était d'ailleurs à Moscou mardi.

L'opposition syrienne a vivement réagi à l'officialisation de la nouvelle doctrine française, qualifiée "d'aggiornamento" (adaptation au contexte) par le président Macron. "Ces déclarations sont surprenantes, compte tenu que la France faisait partie des quatre principaux pays réclamant le départ de 'Bachar le Chimique', a ainsi écrit sur Twitter l'une de ses figures, Khaled Khoja". Sur la question des armes chimiques, là aussi le nouveau chef de l'Etat se distingue de François Hollande.

Difficile de répondre à cette question. Si le président français affirme qu'"il faut une feuille de route diplomatique et politique", il ne s'attarde pas sur le sujet et ne cite jamais le rôle que pourrait avoir l'ONU dans ce processus, dont une résolution adoptée en 2015 constituait jusqu'à présent la référence pour un règlement du conflit. Diplomatiquement, rien n'avance, Genève ne sert pas à grand chose. Mais Bachar, ce n'est pas notre ennemi, c'est l'ennemi du peuple syrien (...) Que peut-on faire? Des Etats faillis dans lesquels prospèrent les groupes terroristes. La démocratie ne se fait pas depuis l'extérieur à l'insu des peuples. "D'autres décriront cela comme une démarche stratégique visant à sortir la France de son isolement sur ce dossier, afin de la replacer sur l'échiquier international au moment où le sort de Daech [l'organisation État islamique, NDLR] est en passe d'être réglé en Syrie et en Irak". Et elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye.

Pour rassurer, Emmanuel Macron a toutefois rappelé ses deux lignes rouges, déjà énoncées au côté de Vladimir Poutine à Versailles: "les armes chimiques et l'accès humanitaire", sur lesquelles il affirme qu'il sera "intraitable". Mais Emmanuel Macron a également repris l'idée de la ligne rouge exposée par Barack Obama: "L'utilisation d'armes chimiques donnera lieu à des répliques, y compris de la France seule".